Critiques
Batman Ninja
Pour cette nouvelle aventure de Batman, les producteurs ont décidé de l'envoyer dans le Japon médiéval... Choc des cultures ? Batman, icône de la culture américaine, peut-il être transposé dans la culture nipponne ? La réalisation fait mal aux yeux, aux oreilles et au coeur. C'est assourdissant, criard, cela bouge dans tous les sens. Le scénario est inexistant et rempli d'incohérences. Le film veut s'adresser aux fans du chevalier noir, car aucune présentation des personnages n'est faite. Si vous ne connaissez pas parfaitement l'univers de Batman et les personnages plus récents comme Damian Wayne en Robin, Red Robin et Nightwing, vous serez perdu. Le problème est qu'un fan de Batman, ne risque pas d'apprécier le traitement extrêmement superficiel réservé au personnage. Il n'y a pas d'émotion, pas d'empathie pour les personnages, Batman est à l'image du film, une coquille vide. Cela faisait longtemps que nous n'avions pas vu ce personnage aussi mal servi... Christopher Nolan et les différents réalisateurs d'animés ont su depuis une quinzaine d'années, redonner ses lettres de noblesse au personnage, sa noirceur, sa dramaturgie. Nous sommes ici très loin d'un Dark Knight (animé) ou d'un Son Of Batman qui étaient des opus particulièrement poignants et bien menés. Il n'y a plus rien qu'une espèce de manga hyperactif, coloré, énervé et énervant qui reste une expérience franchement dispensable à moins d'être fan de manga et de culture japonaise. Et même comme cela, la plupart des quelques points intéressants de l'histoire, liés à la culture nipponne sont survolés voire évincés.Le seul véritable intérêt de cet animé est la beauté des dessins à l'aquarelle, à la manière des estampes japonaises, et le graphisme "nipponisé" des différents personnages. Ce qui fait bien peu.
Black Panther

Black Panther est le dernier venu du MCU (Marvel Cinematic Universe) 10 ans après le lancement du premier Iron Man. Le personnage apparaissait pour la première fois dans Avengers: L'ère d'Ultron, dans des conditions particulièrement dramatiques, puisqu'il ne peut empêcher l'assassinat de son père Roi du Wakanda. Il s'ensuivait une présentation du personnage, agile, racé, sexy et moderne, défendant des valeurs sociales fortes. Le meilleur semblait donc envisageable pour un film stand-alone. Tous les éléments ont été réunis pour en faire un succès: le réalisateur Ryan Coogler tout juste sorti de Creed: l'Héritage de Rocky Balboa, magnifique drame intimiste renouant avec l'ambiance du premier film de la franchise, un scénario très « black power », le must du casting black US du moment, avec notamment Michael B Jordan, l'Adonis Creed du précédent film du réalisateur, Lupita Nyong'o, Chadwick Boseman et les vétérans Angela Bassett et Forest Whitaker. Les deux seuls blancs du film étant Andy Serkis et Martin Freeman, cantonnés à des seconds rôles, comme des observateurs extérieurs invités à assister aux réjouissances mais sans réellement y participer. Black Panther remplit parfaitement le cahier des charges des productions Marvel Studios. Le film se veut assez léger mais exempt de l'humour marqué d'un Thor: Ragnarok par exemple. Les scènes spectaculaires ne sont pas légion mais parfaitement réalisées. Coogler insuffle un ton sérieux bienvenu à cet opus marvellien. Il a réussi à introduire dans une production très calibrée, des éléments évoquant un film comme Dans la chaleur de la nuit et en a fait un pamphlet social pro-black. Toutes les questions allant du racisme au colonialisme y sont traitées. Le Wakanda, pays du Black Panther, est protégé de la cupidité des occidentaux grâce à un champ de force le rendant invisible aux profanes. Leur richesse minière, le vibranium, métal le plus solide du monde utilisé pour le bouclier de Captain America, et leurs technologies avancées sont gardés secrets aux yeux du monde. Le Wakanda n'est ni plus ni moins que ce que pourrait être ou aurait dû être un pays africain qui n'aurait jamais subi de colonialisme ou d'échanges commerciaux agressifs. Il est riche, la vie semble y être des plus agréables - on peut sauver une personne de la mort avec une chirurgie quasi non invasive - même si les traditions ancestrales y sont toujours omniprésentes, et que la monarchie y a toujours cours. Ce conservatisme va être mis en danger par la question de l'aide humanitaire: Peut-on rester sans rien faire face à la misère du monde, quand on a les moyens techniques et financiers d'intervenir, sous prétexte de protectionnisme ? Enfin, l'autre point fort du film est Erik Killmonger, interprété par Michael B Jordan, le grand méchant du film. Son interprétation est fabuleuse, il est charismatique, énigmatique, solaire, il en vient même à éclipser Black « T'challa » Panther lui-même. Un tel méchant ne nous avait pas été servi depuis bien longtemps dans l'univers des super-héros. Le ton est donc donné et la porte est désormais ouverte à Avengers: infinity War, qui nous promet un spectacle particulièrement sombre, sans jeu de mots, et certainement un dénouement des plus dramatiques avec l'arrivée du personnage de Thanos.
Boy Erased

Boy Erased est le deuxième long métrage de Joel Edgerton, après The Gift, et force est de constater qu'il n'a pas choisi un sujet facile: les centres de "conversion". Après que la productrice Kerry Kohansky-Roberts lui ait soumis le roman de Garrard Conley, qu'elle avait elle-même dévoré en quelques heures, Edgerton a été soufflé par la puissance du texte et du sujet évoqué par l'auteur. Entre la sortie du roman et la fin du tournage, il ne s'est écoulé que 9 petits mois, démontrant l'urgence et l'impact du sujet sur le réalisateur et son équipe. Il ne pensait pas avoir ce qu'il fallait pour rendre justice à cette histoire, pour rendre justice à la communauté LGBTQ+ dont beaucoup trop de personnes sont encore en souffrance. Force est de constater qu'il y parvient haut la main, maîtrisant le sujet d'une main de maître et réalisant un film indispensable, qui éclaire sur un sujet et des pratiques qui ne devraient plus exister dans notre société dite civilisée Conley, fils d'un pasteur Baptiste, a connu l'enfer des centres de « conversion ». Ils s'apparentent autant à une prison qu'à une forme de secte et servent à éradiquer la « maladie » des jeunes homosexuels via un lavage de cerveau. Cette histoire pourrait avoir lieu dans les années 50 mais ce n'est pas le cas, il s'agit bien d'une histoire contemporaine et il existe encore actuellement 36 états aux USA qui n'interdisent toujours pas ces lieux de souffrance et de torture mentale. Le sujet a déjà été évoqué dans Come as you are de Désirée Akhavan, mais peut-être avec moins de force et de puissance. Bon nombre d'adolescents sont encore victimes des ces réorientations sexuelles et cela, comme le montre extrêmement bien Boy Erased qui se veut impartial envers tous les protagonistes, dans des familles très croyantes et pratiquantes, où les parents restent persuadés qu'ils font bien, qu'ils font au mieux pour leur progéniture. Sauf que l'on ne peut guérir ce qui n'est pas une maladie. On ne peut pas réduire au silence la vérité. Il aura fallu 10 ans à Conley, pour arriver à exorciser le traumatisme de son séjour dans ces structures et pour trouver le courage de coucher par écrit son incroyable parcours. Il a été associé dès la pré-production du film au processus artistique et y a participé activement, apportant un gage de réalisme troublant, notamment dans le rendu très chirurgical des décors du centre et la profondeur des personnages. Au travers de celui de Sykes, le « gourou » d'un de ces endroits, interprété par Edgerton lui-même, est dénoncé le fait qu'ils sont tenus par des « anciens » gays. Toute l'ambivalence de son personnage, partagé qu'il est entre sa propre colère d'être homosexuel et son besoin de croire qu'il est guéri, encore plus que la souffrance du jeune Jared, nous montre la difficulté, l'impossibilité de certaines classes bien-pensantes, certains carcans religieux, de comprendre l'homosexualité. Le film pointe un doigt accusateur envers la faiblesse de certains à s'en remettre aveuglément à une religion et à l'interprétation par de simples hommes de ses dogmes. Les croyances de certains peuvent aller à l'encontre de l'amour de leurs proches et même mener à la destruction de la cellule familiale, pourtant la valeur première prônée par ces derniers. Le reste du casting est parfait, de Russel Crowe en pasteur et père aimant qui ne peut accepter l'orientation sexuelle de son fils, à Nicole Kidman en mère partagée entre ce que son mari décide pour Jared et l'amour qu'elle a pour ce dernier et ce qu'elle estime juste en son for intérieur. La fragilité apparente qu'elle dégage ne rend sa force de se battre pour son fils que plus percutante. Que dire enfin de la prestation de Lucas Hedges qui, grâce à son jeu tout en finesse, arrive à vous bouleverser et à vous faire ressentir sa souffrance et son propre questionnement intérieur ? D'un simple regard il est capable de vous toucher en plein cœur et de transformer sa bataille en votre bataille. Tous les personnages sans exception sont tiraillés entre deux aspects complétement opposés de leurs personnalités et tentent, tant bien que mal, de vivre au mieux avec leurs décisions et leurs actes, aussi cruels et difficiles soient-ils. Joel Edgerton a hésité, et s'est pris un temps de réflexion après la lecture du roman pour prendre sa décision de réaliser Boy Erased. Il ne pensait pas avoir ce qu'il fallait pour rendre justice à cette histoire, pour rendre justice à la communauté LGBTQ+ dont beaucoup trop de personnes sont encore en souffrance. Force est de constater qu'il y parvient haut la main, maîtrisant le sujet d'une main de maître et réalisant un film indispensable, qui éclaire sur un sujet et des pratiques qui ne devraient plus exister dans notre société dite civilisée.
Game Night

La comédie noire est un genre rare, trop rare de nos jours. On se souvient des petites perles qu'ont pu être Very Bad Things en son temps ou plus récemment et sur un ton plus léger la trilogie Very Bad Trip. Mais peu de films peuvent se vanter de réussir le mélange de la comédie pure et du film noir, l'équilibre entre ces deux genres étant particulièrement périlleux. Et pourtant, si le mélange prend, nous obtenons alors un petit bijou d'humour noir, incisif, décapant et pendant lequel nous prenons un coupable plaisir à rire de situations cocasses bien que souvent dangereuses ou dramatiques pour les protagonistes. La promesse était donc assez élevée. Et Game Night, avec son casting cinq étoiles, se devait de réussir ce pari, au risque de rater complètement son objectif. Pari tenu ? Game Night est un jeu, auquel le spectateur participera avec beaucoup de plaisir, se laissant mener et malmener au gré d'un scénario malin, faisant la part belle au rire mais aussi au suspense et à l'émotion. Bien plus qu'une simple comédie, ce film se veut une vraie réflexion sur le passage à l'âge adulte et ses responsabilités. Comme son titre l'indique, le film est une soirée-jeu, mais un jeu auquel les protagonistes ne sont pas habitués. Jusque-là ils organisaient toutes les semaines une soirée-jeu de société, tout ce qu'il y a de plus classique, Scrabble, Jenga, Monopoly… Mais l'arrivée du frère de Max, Brooks, grand frimeur et à qui tout semble réussir va tout changer. Comme s'il souhaitait une fois de plus humilier son petit frère, il décide d'organiser dans sa villa la plus grande soirée-jeu jamais vue. Une Murder Party ! Ainsi, il prévient tous les joueurs qu'à partir de maintenant ils ne pourront plus faire la différence entre le réel et le faux. L'un d'entre eux se fera enlever et ils devront le retrouver à temps pour gagner le gros lot (une Corvette Stingray de 1976). A partir de là, les trois couples d'amis seront en compétition et devront se démener pour sauver la victime. Seulement voilà, l'enlèvement a vraiment l'air terriblement réaliste ! Et si tout n'était pas qu'un jeu ? Sur ce postulat, le duo de réalisateurs, John Francis Daley et Jonathan Goldstein, brode une comédie thriller, où les rebondissements et surprises iront bon train, nous menant habilement en bateau comme dans les plus grands fleurons du genre tel The Game ou autre Inside Man. Et cela, en n'oubliant jamais de nous divertir, de nous faire rire, en s'appuyant sur les différents couples d'acteurs qui forment autant d'équipes lancées à la recherche de la solution de l'énigme. En effet, chaque duo a sa propre dynamique: Max et Annie, le couple star, interprété par Jason Bateman et Rachel McAdams, sont des joueurs invétérés, unis et sur la même longueur d'onde. A leurs côtés se trouve le couple parfait, ensemble depuis le collège, mais dont une révélation en début de soirée fissure la perfection, et le dragueur qui ne brille pas par son intelligence et qui est toujours accompagné d'une bimbo sans cervelle, sauf cette fois-ci. Il s'est fendu pour l'occasion d'une équipière au QI bien plus élevé que le sien, espérant bien remporter la victoire, ce qui amène tout un tas de situations et de dialogues tout à fait savoureux. Face à ces acteurs, on retrouve des habitués de rôles bien plus dramatiques, qui décident de jouer à contre-emploi, et qui créent une dichotomie tout à fait savoureuse. Et c'est là que réside vraiment tout l'intérêt de cette comédie, dans ce mélange des genres et des acteurs. Les réalisateurs ont fait un choix de casting assez incroyable, réunissant des talents de la comédie pure et des acteurs primés. Par exemple, le frère de Max, sa Némésis, qui a toujours eu plus de succès que lui, qui mène une vie incroyable aux quatre coins du monde, et qui est interprété avec brio comme toujours par Kyle Chandler, un acteur plutôt habitué aux rôles dramatiques et qui finit par se révéler bien plus pathétique que son frère. Et que dire de Jesse Plemons, ancien camarade de Chandler dans Friday Night Lights, qui campe un voisin flic très étrange, qui s'exprime d'une façon monocorde, et possède toutes les caractéristiques du psychopathe ou en tout cas de la personne en présence de laquelle n'importe qui se sentirait mal à l'aise. Son interprétation toute en retenue, en stoïcisme, amène quelques moments mémorables de franche rigolade. Son personnage est certainement celui qui a le plus bénéficié de l'écriture haute en couleur de Mark Perez, scénariste habitué des comédies estampillées Disney telles que La Coccinelle Revient ! Tout ce petit monde se retrouve dans une course-poursuite haletante, rythmée et sans temps morts, où les situations semblent toujours pouvoir se compliquer encore davantage et où rien n'est ce qu'il semble être. Tout ce petit monde se retrouve dans une course poursuite haletante, rythmée et sans temps morts, où les situations semblent toujours pouvoir se compliquer encore davantage et où rien n'est ce qu'il semble être. Tout cela trouve son paroxysme dans un grandiose plan-séquence, magnifiquement chorégraphié, où les héros se lancent un oeuf de Fabergé d'une partie à l'autre d'une grande villa, afin de ne pas laisser les méchants mettre la main dessus. Ce moment d'anthologie, qui restera certainement dans les annales du cinéma, a nécessité une grosse préparation de plusieurs jours et un jour et demi de tournage pour une séquence d'à peine une minute trente, mais quelle séquence ! Elle résume à elle seule tout le film, les caractères des différents personnages, leur goût du jeu, leur courage et leurs maladresses. Game Night est un jeu, auquel le spectateur participera avec beaucoup de plaisir, se laissant mener et malmener au gré d'un scénario malin, faisant la part belle au rire mais aussi au suspense et à l'émotion. Bien plus qu'une simple comédie, ce film se veut une vraie réflexion sur le passage à l'âge adulte et ses responsabilités. Une chose est certaine, les réalisateurs ont remporté leur pari haut la main. La comédie de l'année ? A n'en pas douter !
Ghostland

Pascal Laugier est un réalisateur français de films d'horreur, qui a commencé sa carrière en tournant le making-of du Pacte des Loups à la demande de Christophe Gans. C'est grâce à la qualité de ce documentaire qu'il obtiendra son premier long métrage Saint-Ange avec Virginie Ledoyen, film non abouti mais prometteur puis surtout Martyrs, qui avait choqué son monde au moment de sa sortie. Ce réalisateur jongle entre la France et le Canada, au gré des possibilités que chaque pays lui offre. Saint-Ange avait été tourné en France alors que Martyrs l'avait été au Canada. Cette fois-ci, Ghostland est une production franco-canadienne qui ne manque pas d'arguments pour réinventer un vrai cinéma d'horreur français. Il a été présenté en avant-première mondiale au festival du film fantastique de Gérardmer et en est revenu auréolé du Grand Prix, du Prix du Public et du Prix du Jury SyFy, rien que ça. Au vu de ce palmarès impressionnant, le spectateur est en droit d'attendre un "vrai" film d'horreur, quelque chose de différent, osé, qui pourra bouleverser la donne, insuffler un peu de renouveau dans le cinéma de genre. Ce film n'est pas propre, il sent la sueur, la peur, l'urine et le sang On se souvient que Martyrs avait défrayé la chronique, échappant de justesse à une interdiction aux moins de 18 ans. Ce film particulièrement éprouvant et mettant en scène de jeunes filles subissant les pires sévices imaginables, avait choqué le public, mais en même temps imposé un nouveau type de réalisateur français. Ghostland, à l'inverse de son film précédent The Secret, renoue donc avec cette volonté. Nous sommes parfois proches du torture porn sans que cela en soit véritablement, ainsi que du film fantastique et du film d'horreur crapouille et malsain que n'aurait pas renié Tobe Hooper. De multiples références au genre émaillent cette oeuvre, de Massacre à la tronçonneuse à Sixième Sens en passant par Les Autres. Mais même si Laugier rend hommage aux grands du genre, sa source d'inspiration principale reste HP Lovecraft. Le film commence d'ailleurs par une citation du maître de l'horreur littéraire qui a sévi bien avant Stephen King. Il y est fait référence tout au long du film, par l'intermédiaire de Beth, l'héroïne principale, qui cherche à devenir auteur d'histoires à faire frémir et dont il est le le modèle absolu. Le film est une véritable épreuve psychologique d'une heure et demie Or, la puissance de l'écriture de Lovecraft se situe dans sa faculté à faire entrer l'élément fantastique dans le réel et cela notamment par le biais de la folie. L'Indicible, ou l'horreur ultime selon l'écrivain, se manifeste toujours au travers des yeux de protagonistes perdant la raison ou essayant de lutter pour ne pas la perdre. C'est là la bonne idée du scénario de Ghostland : jouer avec la folie, avec le regard de Beth, avec les émotions du spectateur. Tout est fait pour nous mettre dans l'ambiance dès le début: le camion de bonbons dans lequel voyagent les psychopathes, la maison "hantée" où vient s'installer cette famille monoparentale, contenant tous les éléments classiques de l'horreur: des poupées omniprésentes dans chaque coin et recoin, des clowns, des cachettes secrètes, un sous-sol glauque au possible. On peine parfois à imaginer que deux adolescentes puissent accepter de venir vivre et surtout dormir dans une telle demeure. Le traitement est ultra-réaliste: la photo est digne de Seven, dans les tons marronnasses cradingues et la caméra virevoltante, suivant au plus près les protagonistes dans leur lutte, est tellement proche que l'on en arrive à partager leur douleur, leur espoir, leur résignation, leur peur ! Ce film n'est pas propre, il sent la sueur, la peur, l'urine et le sang. La direction d'acteurs est bluffante et le jeu de la jeune Emilia Jones incroyablement juste et mature. Tous les acteurs sont parfaits, même Mylène Farmer, dans le rôle d'une Mère Courage, prête à tout pour aider sa progéniture, fait sensation. L'horreur ne se fait pas attendre et sera quasiment non-stop jusqu'à la fin. A peine arrivée dans la maison (au bout de 10 minutes environ), la famille se fait attaquer par deux psychopathes dans une scène d'une intensité incroyable. L'un d'eux est une espèce d'énorme armoire à glace, défiguré, ne s'exprimant que par borborygmes et cris. Ce vrai personnage de croquemitaine particulièrement imposant et impressionnant (une sacrée performance pour la star américaine des salles de musculation Rob Archer) n'est pas sans rappeler le Leatherface de Massacre ou encore le Pluto de la Colline a des yeux version Aja. Il va sans dire qu'une bonne partie de la tension et de l'horreur découle directement de ce personnage. Que peuvent bien faire une mère et deux adolescentes fragiles face à un monstre pareil ? Volontairement dérangeant, ne reculant devant aucune scène, aucun acte pour choquer, le film contient des scènes gores, voire vraiment très gores, mais pas que... Ne vous y trompez pas ! Nous n'avons pas affaire ici à un simple slasher: il y a une histoire qui nous montre à quel point la folie peut s'insinuer en chacun de nous et ce qu'elle peut nous faire faire pour survivre. Le scénario, en référence à Lovecraft, est donc loin d'être aussi simpliste que ce qu'il parait être au premier abord. Ce film vous emmènera loin, jouera avec vos émotions, mais aussi avec vos repères et finira par vous retourner littéralement. Soyez attentifs aux moindres détails: il pourrait bien nourrir vos soirées- débats pendant longtemps... Laugier, bien loin de la misogynie, signe là une ode à la femme, à son courage et à sa détermination, face à une société encore très patriarcale, où celle-ci doit lutter encore et toujours pour exister et être l'égale de l'homme. Ghostland, - et par ce biais, son réalisateur -, pourrait facilement être taxé de misogynie, tellement le spectacle auquel il nous convie semble être celui totalement gratuit de la torture de deux jeunes filles par deux hommes plus âgés. Il est à noter par ailleurs que les psychopathes n'ont aucune ligne de dialogue, à aucun moment leurs actes ou leur provenance ne sont expliqués, l'impression de violence gratuite n'en étant que plus renforcée et ajoutant au sentiment de malaise et d'incompréhension que l'on peut ressentir durant toute la projection. Mais en vérité, il n'en est rien. Bien au contraire, ce film célèbre une certaine idée du féminisme au travers de ces trois personnages de femmes d'un courage psychologique forçant le respect. Laugier, bien loin de la misogynie, signe là une ode à la femme, à son courage et à sa détermination, face à une société encore très patriarcale, où celle-ci doit lutter encore et toujours pour exister et être l'égale de l'homme. Ghostland est donc beaucoup plus qu'un bon film d'horreur, c'est un bon film tout court et le jury de Gérardmer ne s'y est pas trompé.
Halloween (2018)

La saga Halloween est un pilier du cinéma d'horreur. John Carpenter, avec le film de 1978, changeait la donne en créant un croquemitaine fabuleusement terrifiant, et la première héroïne qui survit au Mal absolu à la fin du film. Cette oeuvre, 40 ans plus tard, fait encore office de mètre-étalon du genre. Même si les 10 autres films sont de qualité très inégale, exception faite du reboot de la saga initié par Rob Zombie, avec brio d'ailleurs, en 2000, en reprenant les scénarios des deux premiers films et en leur apportant une fraîcheur très gore, comme il en a le secret. Mais qu'en est-il de cette cuvée 2018 ? Ce nouvel opus respecte -t-il l'oeuvre initiale, comme promis ? Comment se positionne-t-il par rapport au reste de la saga ? Et surtout fallait-il le faire ? La réponse à cette dernière question est un grand oui. Ce film prend le parti de se positionner comme si tous les autres, mis à part le premier, n'avaient pas existé, et qu'il s'agissait d'une suite directe mais 40 ans plus tard, et c'est là tout le génie de l'idée. Que s'est-il passé pendant ces 40 années, comment Laurie Strode, la proie de Michael Myers a-t-elle évolué psychologiquement? Quelle a été sa vie depuis les événements terrifiants de 1978 ? Quelles sont les séquelles laissées par un tel traumatisme ? Au lieu de dénaturer l'œuvre originale, le film de David Gordon Green en est la parfaite continuité, respectueuse mais aussi téméraire quand il le faut... Autant de questions qui trouveront une réponse dans ce nouvel Halloween, produit cette fois par Malek Akkad, le fils de Moustapha Akkad producteur de l'original, Jason Blum le wonderboy du film d'horreur et le grand John Carpenter lui-même. En effet, Big John a été consulté à toutes les étapes du film et notamment sur le tournage, son aval étant le garant du respect et de la qualité du film. Et sa présence se sent dans chaque plan, sa signature est prégnante, aidée en cela par le fait qu'il fait également office de compositeur avec son fils et son filleul. Ainsi, il reprend le thème mythique, presque bestial et binaire du film original, tout en y ajoutant des éléments modernes et de nouveaux sons, se calquant parfaitement sur la réalisation très inspirée de David Gordon Green, réalisateur mais aussi coscénariste et producteur du film. On retrouve avec bonheur l'ambiance d'Halloween et les rues d'Haddonfield, droites, larges et bordées de maisons et d'arbres, un générique scrupuleusement identique à son modèle mais inversé, des écrans de titre identiques et même un titre identique. Le film ne s'appelle effectivement pas Halloween 2 mais bien Halloween, aucune distinction n'est faite pour le différencier. On assiste à la suite directe, à la deuxième partie d'un même film, qui aurait pris une pause de 40 ans. La parenté avec l'original de 1978 est assez troublante, mais Green ne fait pas que calquer son modèle. Il apporte sa touche également, et le fait qu'il soit un réalisateur touche-à-tout, - il est passé de la comédie lourdingue Votre Majesté à un drame poignant comme Stronger, - un réalisateur qui n'a jamais réalisé de film d'horreur, ce qui lui permet d'offrir une vision de l'épouvante et de la peur tout à fait nouvelle, la rendant encore plus impressionnante par une réalisation qui évite les fioritures et les effets de caméra dans tous les sens. On revient au cinéma de "papa", avec plans fixes, travellings et quelques plans à la steadycam. Michael Myers est toujours en forme malgré ses 61 ans et bouge encore de cette manière spécifique, qui le rend si inquiétant, instaurée par son premier interprète Nick Castle, qui officiait sur le tournage comme consultant "artistique". Bien entendu, il n'a toujours pas dit un mot et n'a pas changé de comportement d'un iota. Ce n'est pas le cas de Laurie Strode, qui, elle, est devenue une femme seule, qui a perdu la garde de sa fille et vit recluse dans une ferme, en s'entraînant et se préparant au retour de son vieil ennemi. Sa rencontre avec le croquemitaine l'a transformée en guerrière badass, une sorte de Sarah Connor version Terminator 2, persuadée qu'une ultime rencontre aura lieu un jour et devant protéger et préparer au mieux sa famille à cet événement. Tous les personnages secondaires sont bien sentis et apportent une vraie richesse au film, on reconnait là la qualité du travail de casting de BlumHouse. Un tas de bonnes idées donc, qui font mouche et cela dans le plus grand respect de l'œuvre originale. On peut voir que John Carpenter a veillé au grain et qu'il a été religieusement écouté. Au lieu de dénaturer l'œuvre originale, le film de David Gordon Green en est la parfaite continuité, respectueuse mais aussi téméraire quand il le faut, à l'instar de cette fabuleuse séquence d'introduction, toute en tension grandissante qui se termine sur un point paroxysmique, aussitôt remplacé par un cut et l'apparition du titre et du célèbre générique: l'ambiance est donnée, rien n'a changé, Myers est capable de nous terrifier sans même bouger ni parler. Mais ne vous y fiez pas, les meurtres seront d'une violence assez inouïe, même si l'on sent le regard de Carpenter là-dessus, et que le pire se passe hors-champ. Malgré tout, grâce aux superbes maquillages de Christopher Nelson, dont le travail sur Suicide Squad et The Walking Dead est reconnu par ses pairs, Gordon Green nous gratifie de quelques cartes postales-souvenirs bien corsées, des images de meurtre stylisées, qui marquent profondément la rétine et l'esprit, comme aimait le faire Maître Carpenter. Tout cela crée un film étrange, étonnant à bien des égards, qui est assez difficile à classer. Il s'agit à la fois d'un film d'horreur moderne à la production de qualité, mais tourné comme un film à tout petit budget, sur une période très courte de 28 jours, tout comme l'original. Mais il représente aussi un immense hommage au cinéma d'horreur des années 70, aux slashers en général, et bien sûr à Halloween en particulier. On sent dans chaque plan, la déférence et le respect du matériau original, c'est clairement un film de fans pour les fans. Force est de reconnaître que c'est réussi et que vous en aurez pour votre argent, car vous aurez tout simplement l'impression de retrouver des vieux copains de 40 ans...Halloween 1978 et Halloween 2018 sont un seul et même film, en deux parties, à la façon de l'adaptation de Ça de Stephen King.
Jigsaw

Alors qu'une nouvelle série de victimes portant la marque du tueur au puzzle fait son apparition, l'inspecteur Halloran et le légiste Logan Nelson décident de réouvrir l'affaire Kramer. Un nouveau jeu vient de commencer. Jigsaw est-il revenu d'entre les morts pour punir à nouveau ? Nous étions en droit d'espérer un peu de renouveau dans la saga Saw avec cet opus. Le changement de titre (on revient aux sources avec le surnom du tueur) et le fait de ne pas y accoler de numéro partait d'une volonté de nous faire croire que les choses allaient être différentes, que l'on allait, peut-être, retrouver l'âme du premier ? Malheureusement, ce n'est pas le cas. Le scénario essaie de se la jouer malin, mais il s'agit du 8ème volet et pour peu que l'on ait vu les 7 films précédents, il ne risque pas d'y avoir de grandes surprises. Alors oui, on retrouve tous les éléments habituels qui font le cahier des charges d'un Saw: un scénario comportant un twist final (attendu), des pièges tous plus diaboliques et pervers les uns que les autres, des morts brutales et très graphiques. Ça tâche, comme toujours avec John Kramer, tueur en série condamné par le cancer, qui cherche à « éduquer » les autres, à les mettre de force devant leurs pêchés. Le film est plutôt complaisant à l'égard du tueur, beaucoup moins en ce qui concerne le reste de la population. Nous sommes tous coupables de quelque chose, à un moment donné de notre vie, nous avons tous dérapé, de façon plus ou moins importante. Voilà le concept même du film. Personne n'est innocent et Kramer se pose comme une sorte d'objecteur de conscience. ce sont les producteurs qui ont dérapé quand ils ont décidé de donner une suite à l'excellent premier film Mais en ce qui concerne la saga Saw, ce sont les producteurs qui ont dérapé quand ils ont décidé de donner une suite à l'excellent premier film. Ce dernier se suffisait à lui-même, à l'époque c'était un choc, c'était original et le retournement final était devenu immédiatement culte. Mais la loi du dollar l'emporte toujours et ce film à budget modeste avait beaucoup rapporté. Ils ont donc, bien entendu, décidé de produire des suites. Les scénaristes de la franchise sont très forts eux aussi, car ils ont réussi à atteindre le score très honorable de 8 films, alors que le tueur est mort depuis le début du 3ème. Si ça, ce n'est pas un tour de force ! On dit que Hollywood manque cruellement d'imagination, mais elle est tout de même capable d'étirer le concept d'un seul film sur plus d'une décennie. Les réalisateurs, Michael et Peter Spierig, ne sont pas en reste non plus. Et oui ils ont dû se mettre à deux pour essayer de relever le niveau. Ils font leur travail, mais sans réelle imagination. A aucun moment le spectateur ne sursautera de peur ou bien sera pris d'empathie pour l'un des personnages. On traverse le film sans vraiment leur prêter attention, leur destin nous indiffère totalement. La seule chose qui semble importer est la prochaine torture: quel mécanisme ingénieux sera mis en place, quelle forme prendra la mort atroce de la victime. Le plaisir semble résider là. Jigsaw nous place en position de voyeur et cela renvoie une image bien négative de notre société, car cela marche (aux USA, le film a atteint la barre symbolique des 100 millions de dollars de recette, qui encourage habituellement les producteurs à mettre en chantier une suite). Il a donc le mérite, même si ce n'est pas voulu, de nous amener à nous questionner, nous analyser, nous regarder dans un miroir. Or ce que l'on risque d'y voir a de fortes chances de nous déplaire. Nous pouvons donc nous interroger sur la bonté de l'âme humaine, l'altruisme, le courage et la générosité des uns envers les autres. La vision de la société que nous offre les réalisateurs est déprimante et pessimiste, mais leur film semble leur donner raison, car il trouve le moyen de rameuter du public sur la seule promesse d'un spectacle sanglant. De ce fait, le parallèle avec les événements récents qui ont eu lieu à la station Châtelet (où les voyageurs, plutôt que de porter secours à un homme se vidant de son sang car poignardé, ont préféré filmer le « spectacle » et l'ont ainsi laissé mourir) paraît assez facile et pourtant ! Il s'agit-là de comportements humains et d'une situation critique qui auraient mis John Kramer dans une colère noire et l'aurait certainement poussé à « commencer un jeu...». Comme quoi la réalité peut être, parfois, bien plus moche que ce que nous en donne à voir le cinéma.
John Wick 2

John Wick, la légende des tueurs à gages, est encore une fois obligé de reprendre du service, quand une ancienne connaissance vient réclamer sa dette de sang. Il repart en mission, cette fois à Rome et finit par se retrouver avec un contrat international sur le dos. Qu'est ce qui fait une bonne suite ? Question épineuse s'il en est. On le sait, peu de séquelles font mieux que leur modèle. On peut toujours citer Aliens, Le Parrain 2 ou bien encore L'Empire Contre-Attaque, mais ces exemples sont l'exception. Et John Wick 2 s'apparente plus à un 58 minutes pour vivre (séquelle de Piège de Cristal) qu'à un de ces trois films. Autrement dit de la belle ouvrage, mais à laquelle il manque le petit truc pour en faire quelque chose de plus grand. Tout le monde n'est pas McTiernan, Coppola ou Cameron. Ici, c'est Chad Stahelski, ancien champion de kickboxing devenu cascadeur sur quelques-uns des plus gros blockbusters américains, qui réalise mais cette fois en solo sans l'aide de David Leitch. Alors que le premier chapitre installait une véritable mythologie autour du héros et prenait malgré tout le temps de détailler les arcanes d'un monde sous-terrain passionnant, cet opus reste sur les bases de son prédécesseur sans rien apporter de véritablement neuf. John est, comme toujours, chez lui partout dans le monde, connaît tout le monde et tout le monde le connaît. Il est le Boogeyman, l'émissaire de la mort, invulnérable et redouté de tous même des plus grands malfrats. Il a des moyens illimités, semble immortel et ne s'inquiète pas d'avoir tous les tueurs de l'univers aux trousses. Il continue juste de faire ce qu'il doit faire envers et contre tout, sans jamais de départir de sa « cool attitude ». Les scènes d'action sont bien rythmées et nombreuses. Trop ? Peut-être effectivement. Nous ne sommes jamais loin de l'overdose et l'on peut se poser la question légitime de savoir si elles sont vraiment toutes justifiées, le scénario étant somme toute assez limité - on reprend les mêmes et on recommence - en oubliant de développer véritablement l'univers si particulier de ce bon vieux John. C'est dommage, car il y avait à dire sur ses sociétés secrètes de tueurs, ses membres, ses fondateurs, ses règles, ses traditions, son histoire... Alors certes, il s'agit d'une suite directe, qui prend place juste après les événements du premier opus, mais rien n'empêchait d'y ajouter un peu plus d'histoire, d'âme. A bien des moments l'impression de visionner des scènes inédites du premier film se fait sentir. Tant et si bien que l'on en vient à se demander si l'on regarde une suite ou bien un « extended cut » de l'opus précédent. Malgré cela, devant l'excellente facture de l'ensemble, la qualité des combats, des gunfights, la beauté des décors luxueux, la classe de Keanu Reeves, imperturbable même après avoir été renversé trois fois par une voiture et après avoir pris une dizaine de balles dans son costume trois pièces blindé, nous éprouvons un indéniable plaisir coupable à le regarder régler ses comptes. Force est de reconnaître que le réalisateur possède un réel sens du cadre en plus de celui de l'action La réalisation est superbe, souvent inspirée avec une photographie léchée. Force est de reconnaître que le réalisateur possède un réel sens du cadre en plus de celui de l'action.Tout au long de ses presque 2 heures, on ne s'ennuie jamais, à peine nous laisse-t-il le temps de reprendre notre souffle avant une nouvelle surenchère d'action débridée. Le tout est ponctué de participations clins d'oeil particulièrement savoureuses. Celles de Lawrence Fishburne (Morpheus dans Matrix) et de Franco Nero (le vrai Django), star du western italien des années 70 qui avait déjà effectué un caméo hommage dans le Django Unchained de Tarantino, ajoutent au plaisir du visionnage. Il en va de même de la séquence du labyrinthe de miroirs au Musée d'Art moderne de New-York, où Keanu tel Bruce Lee dans la scène finale de Opération Dragon, poursuit son ennemi dans un dédale de fausses et de réelles menaces. Enfin, que dire de la prestation de la star de Point Break, quasi mutique, tout en puissance et en élégance. Il dégage un charisme et une sensation de danger palpable: il ne parle pas beaucoup, il agit. A 53 ans, l'acteur est particulièrement crédible et à l'aise dans ce rôle physique très éprouvant et on se dit que l'on n'aimerait pas être l'un des ennemis de cet homme, au demeurant affable en société mais impitoyable professionnellement. Il faut donc prendre John Wick 2 pour ce qu'il est : à savoir un film caricature, qui grossit tous les traits possibles et imaginables des stéréotypes du film d'action, mais qui le fait bien et avec style, le tout soutenu par une musique ad hoc (mention spéciale pour la scène finale dans le musée qui s'autorise une variation des Quatre Saisons de Vivaldi à la sauce électronique). Le seul regret est qu'il ne nous apporte pas vraiment d'informations supplémentaires sur cette caste internationale d'assassins, dont on aimerait tout savoir. Bref, c'est « mal » mais que c'est bon... C'est aussi ça le cinéma parfois. Vivement la sortie du troisième et dernier chapitre, qu'il nous soit encore possible de mettre notre cerveau en veille, pour pouvoir profiter une dernière fois des compétences si particulières de ce super-héros.
John Wick 3

Les (més)aventures du Baba-Yaga continuent… A la fin de l'opus précédent, il avait enfreint la règle fondamentale de sa caste : il a tué à l'intérieur de l'hôtel Continental, qui est censé être un sanctuaire. Il se retrouve donc « excommunié », perd tous ses droits et privilèges et se retrouve avec tous les tueurs du monde à ses trousses. Sa situation empire encore d'un cran... Le film respire l'amour du genre et lui rend un très bel hommage, dans un écrin des plus luxueux. Comme d'habitude, les événements du troisième volet de John Wick prennent place juste après ceux du précédent. Ainsi, la trilogie a été conçue comme un grand film, à regarder en une fois. On retrouve avec plaisir aux commandes Chad Stahelski, le réalisateur du deuxième opus, qui confirme encore une fois son talent pour filmer des scènes d'action incroyablement inventives, où le héros survit en utilisant tous les objets qui lui tombent sous la main (livre, couteaux, hache incendie...) La réalisation reste très lisible en toutes circonstances et les lieux servant de décors ont été choisis avec soin (la bibliothèque de New-York, un musée, etc.) Une classe folle s'en dégage, à l'image de John et de son costume « tactique ». De même, Stahelski se permet quelques références à ses modèles, dont Le Bon, la Brute et le Truand de Sergio Leone où John, à l'instar de Tuco, démonte plusieurs colts afin d'en fabriquer un autre avec les meilleures pièces de chacun. Le film respire l'amour du genre et lui rend un très bel hommage, dans un écrin des plus luxueux. Le casting s'étoffe également de nouveaux seconds rôles bien campés avec Halle Berry en alter ego féminin de Wick. Mark Dacascos dans la peau du seul tueur capable de s'opposer au Baba-yaga et enfin Angelica Huston en guest de luxe. Cette dernière a même la lourde tâche de permettre d'en apprendre plus sur le passé et la formation du héros éponyme. Parabellum, comme ses deux prédécesseurs, est donc un divertissement à la facture technique et artistique de haut niveau, qui finit d'asseoir le mythe de John Wick et d'en faire un personnage d'action iconique, au même titre qu'un John McClane, un Jack Bauer ou encore un John Rambo. Ce troisième volet sous-titré « Parabellum », de la célèbre formule de Jules César : « Qui veut la paix prépare la guerre », tient toutes ses promesses. Certes l'élément de surprise n'est plus présent, néanmoins la réalisation trouve le moyen de composer avec et de pousser encore plus loin la quasi-immortalité de son héros. Wick a beau être blessé au couteau, par balles, renversé, frappé, trahi, il reste debout, digne et continue à se battre pour sa survie, envers et contre tous. Parabellum, comme ses deux prédécesseurs, est donc un divertissement à la facture technique et artistique de haut niveau, qui finit d'asseoir le mythe de John Wick et d'en faire un personnage d'action iconique, au même titre qu'un John McClane, un Jack Bauer ou encore un John Rambo. Le Baba-Yaga laissera fatalement une trace indélébile dans la culture populaire et on parlera encore longtemps de ce héros. Sous ses allures de conclusion, ce volet, au lieu d'apporter une fin à l'arc scénaristique principal, le relance judicieusement et annonce immanquablement un quatrième volet qui devrait sans nul doute conclure en beauté cette grande saga d'action.
La Nonne

L'univers de la série horrifique The Conjuring ne cesse de se développer. Après le succès du premier volet, une suite a été aussitôt mise en chantier, puis un premier spin-off a vu le jour concernant la poupée maléfique Annabelle, à laquelle il est fait allusion à plusieurs reprises dans le premier film. Le succès aidant, il y eut un préquel à Annabelle, la Création du Mal, qui revenait sur les circonstances de la création et de la malédiction de ce "drôle" de jouet. C'est maintenant au personnage de la Nonne, apparaissant dans le second volet de The Conjuring, d'obtenir les honneurs d'un film entier. Il faut avouer que ce personnage totalement terrifiant, avait le don de vous donner la chair de poule à chacune de ses apparitions. Les attentes étaient donc grandes pour les fans de la série, les producteurs promettant de livrer le film le plus terrifiant de tous les temps. Pour preuve, l'une de ses bandes-annonces avait même été retirée de certaines plateformes de vidéo après quelques heures de diffusion, car trop effrayante. Alors, le pari est-il réussi ? Cette Nonne vous fera-t-elle passer des nuits blanches ? A défaut d'être original, La Nonne se veut un bel hommage aux classiques du genre des années 50, mais avec une dimension horrifique exacerbée. Le scénario n'est que très classique: un cas de démonologie au sein d'un des couvents de la Roumanie des années 50, oblige le Vatican a y envoyer son meilleur exorciste et une jeune Soeur qui n'a pas encore prononcé ses voeux. Le couple de protagonistes composé du prêtre aguerri secondé par une jeune fille aux pouvoirs psychiques, mais sans expérience, n'est pas sans rappeler les duos d'un certain nombre de films de genre. Le réalisateur, Corin Hardy, ne cherche en effet pas à faire de l'inédit. Bien au contraire, son film est extrêmement référentiel, aussi bien dans ses personnages, que dans ses situations, ses décors ou encore ses éclairages. En effet, Hardy s'inspire très largement du cinéma d'horreur des années 50 et plus précisément de ces films gothiques que produisait le studio anglais de la Hammer. Une véritable iconographie, une mise en lumière et un traitement du décor, faisaient de ses films d'horreur de véritables petits chefs-d'oeuvre baroques. Son réalisateur le plus illustre, auquel Hardy semble rendre hommage à chaque instant, Terence Fisher, a quasiment créé la bible cinématographique du studio anglais. Il a gravé dans le marbre les sacro-saintes règles du film d'horreur gothique. La Nonne, à maintes reprises, utilise ses éléments caractéristiques. Il faut dire que les lieux mêmes du tournage ont été choisis en conséquence. Tout le film a été tourné en Roumanie et plus précisément en Transylvanie, province du comte Dracula, personnage récurrent des films de la Hammer. On y retrouve donc des forêts ténébreuses, des cimetières abandonnés et sans âge, une brume constante courant sur le sol, aussi bien en intérieur qu'en extérieur, des vieilles églises, un cloître qui tient plus de l'ancien château-fort médiéval que du couvent, des catacombes sombres et humides. Tout est fait pour nous transporter dans l'esthétique des films d'horreur des années 50 et l'on se surprend à éprouver un certain plaisir à retrouver tous ses bons vieux codes. Pour exemple, la lumière rouge, ultra kitsch, qui traverse le vitrail de l'église, réminiscence de l'époque, rappelle au spectateur que l'extérieur n'est pas plus sécurisant que l'intérieur. L'éclairage et la photographie sont donc pour beaucoup dans la réussite du film. C'est un véritable huis clos, au sein d'un couvent immense et désert, où chaque pièce, chaque scène est éclairée à la lumière des bougies, comme Kubrick l'avait fait en son temps avec son Barry Lyndon. L'impression d'oppression n'en est que plus grande, et une bonne partie de la dimension horrifique vient de là, le couvent devenant un véritable personnage à part entière, un lieu détourné de sa fonction principale, un lieu passé de saint à maléfique, de rassurant à angoissant. L'autre point fort du film, et qui a fait le succès de la série, est le refus des effets spéciaux numériques. Cela peut sembler un détail, mais pourtant trop de films de genre perdent de leur aura horrifique à cause de cela. Ici, les effets sont mécaniques, ils reposent sur des maquillages et des prothèses et cela fait toute la différence. Les quelques monstres qui apparaissent sont terrifiants car particulièrement crédibles, "palpables", ils sont réellement sur le plateau avec les acteurs. Enfin, la performance des acteurs et plus particulièrement des actrices est de grande qualité. Une mention spéciale pour Taissa Farmiga, jeune fille qui arrive à faire passer l'angoisse, la peur mais aussi le courage d'un simple regard. La petite soeur de Vera Farmiga (qui interprète Lorraine Warren dans la franchise) est une actrice au talent certain et dont le choix de casting ne peut pas être un hasard. L'avenir de la franchise The Conjuring nous le dira... Et que dire de Bonnie Aarons, cette actrice au physique si spécial, qui prête ses traits à Valak, cette nonne démoniaque ? Chaque apparition de celle-ci glace les sangs et encore une fois, sa grande silhouette sombre, dégingandée et encapuchonnée, qui semble errer, habiter les couloirs sombres du couvent, rappelle immanquablement celle de Christopher Lee, éternel interprète du compte Dracula dans les productions Hammer. La boucle semble donc bouclée. La Nonne est un cri d'amour au film gothique, aux classiques de ce grand studio qu'a été la Hammer. Alors certes, on peut reprocher à La Nonne sa tendance à avoir un peu trop recours aux jumpscares, qui sont toujours construits sur la même dynamique. C'est vrai, mais ces effets de manche faciles, n'en sont pas moins parfaitement exécutés, et même si le spectateur les sentira venir, il fera malgré tout de sacrés bonds. Il faut reconnaître que tout est fait ici pour vous faire sursauter, voire pour les plus sensibles, crier. Hardy nous gratifie donc d'un film d'horreur classique et classieux, très référentiel, et qui joue sur les peurs ancrées par l'éducation judéo-chrétienne dans l'inconscient collectif: les religieuses, leur ordre, le couvent abandonnée, le bien, le mal, les démons...Tout cela fascine et terrorise à la fois. Au vu des chiffres de démarrage du film au box-office américain, le pari semble réussi. A défaut d'être original, La Nonne se veut un bel hommage aux classiques du genre des années 50, mais avec une dimension horrifique exacerbée. Vous aurez peur, vous aurez même très peur !!! Mais l'on en attendait pas moins d'un film de la franchise The Conjuring.
Le Grinch

Il y a tout juste 18 ans sortait en salles Le Grinch, film de Ron Howard avec Jim Carrey dans le rôle-titre. Le film adapté d'une histoire du Dr Seuss, écrivain pour enfants, célèbre dans les pays anglo-saxons, un peu moins dans nos contrées, avait rencontré un joli succès outre-Atlantique, mais n'avait pas fait d'étincelles dans l'Hexagone. Il faut dire qu'au-delà de la méconnaissance de l'auteur, Le Grinch interprété par Jim Carrey pouvait faire peur aux plus petits, tant l'acteur élastique ne lésinait pas sur les grimaces, alors même que le film se voulait grand public. Le studio Illumination, à qui l'on doit entre autres la saga des Moi, moche et Méchant, via son patron Chris Meledandri, a décidé de remettre au goût du jour cette petite pépite de la littérature de jeunesse, en en faisant un film d'animation adapté aussi bien aux adultes qu'aux plus petits. Alors, Le Grinch est-il le parfait film de Noël ? Ce film que vous aimez aller voir avec vos enfants, en espérant y retrouver un peu de l'esprit de Noël de votre enfance ? ... fun, beau, poétique et qui possède suffisamment de niveaux de lecture pour divertir à la fois les petits et les grands. Tout d'abord, il faut savoir que Illumination n'en est pas à son premier coup d'essai. En effet, le studio a déjà adapté l'œuvre de Theodor Seuss Geisel alias Dr Seuss (Le Lorax). Et pour être certain de respecter l'œuvre originale de ce conteur hors pair, Illumination s'est rapproché de sa veuve, qui fait office de conseillère technique et veille à ce que toute la magie et la philosophie de son défunt mari soient respectées. « Philosophie », c'est bien le mot qui convient pour ce Grinch cuvée 2018. A travers les frasques d'un être grincheux, moche et profondément misanthrope, qui a décidé de tout faire pour gâcher Noël, Seuss nous livre une jolie leçon de vie, sur des valeurs quelque peu oubliées, une belle parabole sur l'amour, l'amitié, la famille, et le partage. Or celles-ci nous sont rappelées le plus simplement du monde, par l'intermédiaire du personnage de Cindy-Lou, une fillette encore innocente, qui trouvera la clé pour ouvrir le cœur sec et fermé du Grinch. Bien que la vie de ce personnage ne soit pas toute rose, sa joie et son envie de partager ce moment magique avec tout un chacun auront raison des réticences du Grincheux. cette rencontre va tout changer et montrer à ce dernier que le monde peut être plus beau, si l'on a quelque chose à partager avec quelqu'un qui vous apprécie tel que vous êtes. Mais il ne faut pas pour autant oublier les qualités inhérentes aux productions Illumination. Le graphisme est superbe, les décors semblent tout droit sortis des villages miniatures illuminés de Noël et le Grinch réussit même la prouesse d'être à la fois beau et moche. Il en va de même pour l'animation et le doublage extraordinaire des personnages (mention spéciale pour Benedict Cumberbatch qui interprète le personnage éponyme en VO). Et bien entendu, il y a toujours un grand sens du rythme comique, les habitués de Gru et autres minions ne seront pas dépaysés. Les réalisateurs Scott Mosier et Yarrow Cheney ont réussi à faire un Grinch à l'image de leur studio : fun, beau, poétique et qui possède suffisamment de niveaux de lecture pour divertir à la fois les petits et les grands. Il s'inscrit parfaitement dans la lignée des films de Noël, que l'on aura plaisir à revoir en famille chaque année.
Le retour des Morts-Vivants

Deux employés d'une société de fournitures médicales font l'inventaire de leur stock un vendredi soir. Freddy, petit nouveau dans l'entreprise est pris sous l'égide de Franck, un vieux de la vieille. Alors qu'ils sont en train de procéder à leur recensement, Franck raconte à Freddy l'histoire de fûts de l'armée livrés par erreur dans leur entrepôt dans les années soixante et contenant des créatures étranges qui auraient été à l'origine des événements relatés dans le film La Nuit des Morts-vivants. Devant l'attitude dubitative de Freddy, il décide de l'emmener au sous-sol pour les lui montrer. Au moment où ils s'approchent de l'un d'eux, le baril se met à fuir, les intoxiquant tout deux. En pleine ascension des films de zombies italiens (Lucio Fulci…), ce pied-de-nez américain est délectable et s'insère assez bien dans la continuité du cinéma du maître du genre : George A. Romero. Délectable, car ce film est une sorte d'ovni assumé dans le domaine du cinéma de genre, entre comédie et horreur pure. Le but n'est pas ici de faire peur, mais de passer un bon moment pendant 87 minutes, sans prise de tête, même si une certaine critique sociale émerge de-ci de-là. Le Retour… arrive sans peine à mélanger avec bonheur des scènes franchement gores aux effets spéciaux réussis à d'autres plus légères, voire comiques (et même érotique pour l'une des plus célèbres - cf. l'affiche du film qui fut d'ailleurs censurée en France). Même s'il prend la suite de Romero, O'Bannon, dont c'est le premier film en tant que réalisateur, se permet toutefois de transgresser habilement certains codes, apportant un peu de renouveau. La « seconde » mort via la destruction du cerveau par exemple n'est plus, mais il va pousser le vice encore plus loin, en accordant aux morts-vivants une certaine faculté de réflexion et de discussion, illustrée par une séquence mémorable d'interrogatoire d'un zombie, qui explique pourquoi leur but est de manger le cerveau des vivants… Délectable vous dit-on. Le synopsis a beau être simplissime, le traitement et le ton du film en font une œuvre qui a passé les années sans trop de dommage, si ce n'est le look de ses protagonistes : les costumes des punks des années 80 paraissent assez ridicules maintenant... Anecdote amusante : à l'époque aux Etats-unis, le film d'O'Bannon est sorti quelques semaines plus tôt que le Jour des Morts-Vivants de Romero, les deux films se retrouvant donc en compétition l'un contre l'autre. Le public ne s'y est pas trompé, Le Retour a engrangé presque le double de recettes. Belle revanche pour un scénario écrit comme une suite de La Nuit des Morts Vivants par l'un de ses anciens scénaristes, racheté et remanié afin de s'éloigner de sa filiation originelle. Il y aura deux suites plus ou moins officielles : Le Retour des Morts-Vivants 2 et 3 qui, loin d'être mauvais, ne laisseront pas un souvenir impérissable aux amateurs du genre, préférant la surenchère du gore au reste et perdant ce côté grand guignolesque de l'original. O'Bannon quant à lui, réitérera son expérience de réalisateur avec The Resurrected (une adaptation de Lovecraft) quelques années plus tard, mais malheureusement sans succès cette fois-ci.
Les Trolls 2

Dans le genre film animé musical, nous sommes très loin d'un Tous en scène, touchant et dont les numéros vocaux étaient ébouriffants. Après un premier opus supportable, les créateurs de chez Dreamworks ont décidés d'exploser nos rétines et nos oreilles avec ce second épisode très dispensable. La débauche de couleurs et de reprises (traduites!) de grands standards de la chanson nuisent gravement à la santé mentale de toute personne âgée de plus de 10 ans ! La mièvrerie du message délivré : l'harmonie c'est l'ensemble des musiques ensemble, comprenez on peut tous vivre ensemble malgré nos différences, ne relève pas le niveau d'un spectacle assourdissant. En revanche, si vous avez moins de 10 ans, l'humour potache, les personnages tous plus improbables les uns que les autres et la débauche de couleurs criardes vous enchanteront Dans le genre film animé musical, nous sommes très loin d'un Tous en scène, touchant et dont les numéros vocaux étaient ébouriffants. Ici, l'émotion ne passe jamais et les scènes musicales sont si affligeantes que l'on espère juste qu'elles soient brèves. En revanche, si vous avez moins de 10 ans, l'humour potache, les personnages tous plus improbables les uns que les autres et la débauche de couleurs criardes vous enchanteront. Nous avons ici un dessin animé réservé strictement à un très jeune public, dont l'absence de niveaux de lectures en fera une œuvre très éphémère... Ce qui ne l'a pas empêché de faire une très jolie carrière en VOD aux US !!! Si l'on en croit la loi du Dollar, il est fort probable que nous ayons droit à un 3ème volet dans les années à venir...
Rampage: Hors de contrôle

Les beaux jours arrivent, et avec eux, la saison des blockbusters américains, ces films aux budgets pharamineux, qui n'ont d'autre ambition que de vous en mettre plein la vue et de vous divertir un maximum. Il s'agit du prototype même de films conçus pour être vus au cinéma. Ils leur faut un grand écran et un gros son pour être pleinement appréciés. Ils ont tendance à suivre une recette éculée et à ne pas prendre de gros risque, afin de plaire à un public le large possible. Seulement parfois, certains blockbusters s'apprécient plus que d'autres, parce qu'ils apportent un peu plus que du grand spectacle. Rampage fait-il partie de ceux-là ? Reprenons depuis le début… Dwayne « The Rock » Johnson est une ancienne super star du catch qui s'est reconvertie dans le cinéma. A l'encontre d'autres de ses comparses tels que John Cena, il a eu l'intelligence de faire les bons choix, préférant très rapidement des rôles secondaires ou cassant son image d'homme viril, dans des films plus ambitieux que de simples « actionners » (Fée malgré lui, Maxi Papa, Be Cool...). Ainsi, plutôt que de continuer à capitaliser sur son image d'homme invulnérable, il a d'abord mis en avant sa capacité à jouer la comédie. Et grand bien lui en a pris, son étiquette « The Rock » étant maintenant absente des affiches de ses films. Il a réussi à se faire un nom d'acteur à part entière et à faire oublier le catcheur. Ses choix judicieux lui ont permis de se hisser au plus haut niveau d'Hollywood et il fait maintenant partie de ses acteurs dits « bankables » qui font venir le public dans les salles sur leur simple nom. En effet, un film avec Dwayne Johnson, amène dorénavant certaines promesses de qualités minimales. Le spectateur sait ce qu'il va voir et il sait que ce sera bien fait. A l'instar d'autres stars issues du sport qui avaient su percer dans les années 80, tels Arnold Schwarzenegger, Jean-Claude Van Damme et autres Dolph Lundgren, il fait maintenant partie intégrante du visage du cinéma américain et tous les ans il nous gratifie d'un ou plusieurs gros films. Rien que cette année il a été la tête d'affiche de la suite de Jumanji il y a quelques mois à peine et maintenant il continue en promettant de sauver le monde de terribles monstres géants, créés génétiquement par l'homme dans Rampage. Pour en revenir à ce dernier, le scénario, bien que peu original - il s'agit d'un film de monstres assez banal - a le mérite de bien faire les choses. Il n'y a pas de surprises, mais l'histoire se déroule de manière fluide, évitant les trop grandes incohérences, et même si l'on connaît la fin avant même que le film ne commence, l'envie est bien là de savoir comment le héros va bien pouvoir se dépêtrer de cette situation.Malgré son statut de film-catastrophe, les personnages ne sont pas tout à fait aussi manichéens et creux que d'habitude. Alors certes, le héros incarné par Johnson est entier, fort et courageux et ne change pas d'un iota tout au long du long métrage. Mais les personnages secondaires qui gravitent autour de lui, tel que l'agent du FBI texan savoureusement campé par Jeffrey Dean Morgan, le Negan de The Walking Dead, ou la scientifique jouée par Naomie Harris, la miss Moneypeney des Bond de l'ère Daniel Craig, se révèlent au fur et à mesure de l'histoire et apportent une certaine « richesse ». Encore une fois, pas de grosses surprises, mais un réel effort de la part des scénaristes pour nous offrir un peu plus qu'un grand spectacle. Alors oui, tous les éléments habituels du blockbuster catastrophe sont présents : une menace apparemment impossible à arrêter, une grande ville comme Chicago qui risque d'être entièrement détruite, l'armée qui agit en dépit du bon sens et ne fait qu'aggraver les choses, une méchante sans aucun état d'âme à part celui de gagner de l'argent et un petit groupe de personnes bien décidées à mettre fin à ses agissements. Rien de bien surprenant, mais tous ces éléments sont bien amenés, bien traités, et la réalisation fait la part belle à l'action sans en oublier pour autant les émotions qui passent, une fois n'est pas coutume, par le biais de George, un gorille albinos dont s'occupe le héros, primatologue de son état. Et c'est ici que réside la vraie force des effets spéciaux de ce film. Au-delà des destructions massives et autres explosions remplissant les conditions du cahier des charges, c'est le regard tellement parlant de ce gorille qui risque de vous faire vibrer. Pour une fois, ce n'est pas l'effet spécial le plus tape-à-l'oeil qui impressionne le plus... Rampage a donc le mérite de divertir, d'apporter une dose de grand spectacle obligatoire dans ce genre de films, sans pour autant oublier de prôner un discours sous-jacent à tendance écologique et humaniste. La Bad Girl de service, parfaitement servie par le jeu froid et glacial de Malin Akerman, nous peint la cupidité de notre société consumériste au détriment de la nature et de la préservation de l'humanité. Heureusement, face à elle se dressent des personnages qui devront apprendre à se faire confiance, à faire des alliances parfois « contre-nature » et à dépasser les différents clivages pour arriver à endiguer le fléau dévastant tout sur son passage. Une note d'espoir et d'optimisme est donc développée par le réalisateur Brad Peyton, dont c'est la troisième collaboration avec Dwayne Johnson après Voyage au centre de la Terre 2 et San Andreas. Le duo nous rassure quant à l'avenir des héros sauveurs de l'humanité. La suite de Bruce Willis est toute trouvée !
Stranger Things 3

La saison 2 avait vu la fin du Flagelleur mental, entité arachnéenne diabolique mais ne possédant aucune consistance réelle dans notre monde, grâce à l'action de Onze qui avait réussi à fermer le portail du monde à l'envers. Les habitants de la petite ville d'Hawkins pensaient enfin pouvoir vivre tranquillement, le laboratoire ayant fermé ses portes et toutes ses activités louches ayant pris fin. Mais c'était sans compter sur les Russes, les seuls, après les savants fous de l'Oncle Sam, à être assez inconscients pour oser réveiller tout ce qu'il y a de maléfique dans le monde parallèle à la ville d'Hawkins et donner ainsi une chance au Flagelleur mental de revenir, voire même de s'offrir une enveloppe plus charnelle... C'est donc dans un contexte typique de guerre froide et d'ère reaganienne que s'ouvre cette 3ème saison de Stranger Things. Cette fois-ci nous sommes en 1985, année de sortie de Retour vers le futur et des Goonies. Et force est de constater que l'ambiance de voyage temporel est toujours aussi bien rendue : des costumes - les tenues bariolées des personnages sont un vrai régal, avec une mention spéciale pour l'uniforme de matelot des vendeurs de glace - aux décors fabuleux, dont celui, central, du centre commercial nouvellement ouvert à Hawkins Starcourt. Les références à la culture pop de l'époque sont donc toujours aussi présente et on notera à la volée des emprunts à Terminator 2, au Blob (version 80), Aliens, Zombie et même à Star Wars et 2001, l'Odyssée de l'espace. Le plaisir de retrouver nos personnages favoris au grand complet est là avec, comme lors de la saison précédente, l'arrivée d'une nouvelle recrue: Robin (Maya Hawke), une intello qui finit par devenir la meilleure amie du tombeur et un peu béta Steve. Elle apporte un peu de fraîcheur à l'équipe et une nouvelle dimension sociale également peu illustrée dans les années 80. L'interprétation de Maya Hawke fait beaucoup pour cette saison et l'on se prend vite d'affection pour ce nouveau personnage qui trouve facilement sa place dans la bande, si bien qu'au bout de quelques minutes on regrette déjà que le format de Stranger Things soit si court. 8 épisodes, même si aucun ne dure moins de 50 minutes, c'est court, très court pour profiter de cette madeleine de Proust dopée à l'horreur. Car, encore plus que dans la deuxième saison, l'accent a été mis très clairement sur l'épouvante. La direction artistique dans son ensemble nous plonge dans une ambiance oppressante, la série prenant des airs de film d'horreur typique des eighties. Les références à la culture pop de l'époque sont donc toujours aussi présentes et on notera à la volée des emprunts à Terminator 2, au Blob (version 80), Aliens, Zombie et même à Star Wars et 2001, l'Odyssée de l'espace. Le bestiaire se veut plus pauvre dans cette saison, se limitant à une seule créature (mais quelle créature !), l'ennemi étant également à l'image de Body Snatchers, présents chez les humains bien propres sur eux mais possédés par une force démoniaque. Les frères Duffer se rapprochent ici d'un discours social à la Romero, mettant au centre de l'intrigue la galerie commerciale Starcourt. Même si pour les besoins de la reconstitution historique, quelques grandes marques ont joué le rôle des devantures d'époque, il ne s'agit pas ici d'un pur placement de produits, mais bien d'une volonté des réalisateurs de jouer avec nos souvenirs d'enfance, comme lors des deux saisons précédentes. Chaque personnage a le droit à son développement scénaristique, aucun ne restant réellement sur le bas-côté : même le personnage de Bauman, le complotiste parano de la saison 2 est de retour, avec cette fois-ci un rôle bien plus étoffé, lui permettant d'occuper une place importante dans l'intrigue principale. Bref, Stranger Things fait ce qu'elle sait faire le mieux, à savoir nous divertir, nous faire peur, nous faire rire et même pleurer, le tout pendant une huitaine d'heures qui nous permettent de revivre encore une fois la nostalgie des années 80 dans un écrin de grande qualité. Vivement la saison 4 !
The Predator

Predator, premier du nom, est un film d'action légèrement teinté de science-fiction qui a connu un énorme succès lors de sa sortie en salle. John McTiernan, son réalisateur, s'était vu remettre un scénario au pitch plus que raté: un alien arrive sur terre et massacre un commando militaire surentrainé au beau milieu de la jungle. De ce scénario simpliste, dont les producteurs ne pensaient ne tirer qu'un film de seconde zone, McTiernan en fit l'un des jalons du cinéma d'action des années 80, grâce à son génie de la mise en scène, son casting de choix (Arnold Schwarzenegger était une star incontestée du box-office à cette époque-là) et le fait d'assumer complètement le second degré de l'oeuvre et de certains dialogues. Une suite a vu le jour en 1990, toute aussi décomplexée, remplie de punchlines fracassantes et de plans gores. La jungle est remplacée par un Los Angeles légèrement futuriste. Cet opus nous apprend notamment que les predators viennent régulièrement chasser sur Terre, et qu'il s'agit pour eux d'un sport. Puis 14 années se sont écoulées sans aucun autre film, jusqu'à la sortie d'Alien Vs Predator, un film adapté d'un célèbre jeu vidéo. Réalisé par Paul W.S. ANDERSON, l'un des plus mauvais réalisateurs qui soit, - on lui doit notamment le premier Resident Evil, - cette pseudo-suite, mettant en scène deux anciennes stars (l'Alien et le Predator), censées se combattre, est un ratage complet. Le film ne possède aucune saveur, ne respecte en rien l'univers et les caractéristiques qui nous ont fait craindre ces monstres, et pourtant une suite a vu le jour intitulée sobrement AVP:Requiem (2007). Cette suite rend un peu plus hommage aux deux monstres, mais restent loin de la qualité des films originaux. Enfin, en 2010, il est décidé de donner une vraie suite aux deux premiers films sans tenir compte de la série des AVP, ce sera Predators. Pour ce film produit par Roberto Rodriguez, grand fan de la bestiole, nous pouvions nous attendre à une œuvre plus proche de ses origines et le fait que le premier rôle soit tenu par un acteur oscarisé, Adrien Brody, aurait pu être un gage de qualité supplémentaire. L'espoir était permis pour les fans de retrouver un film digne des deux premiers. Et pourtant, force est de constater qu'il manque encore quelque chose. Le petit truc indescriptible, qui faisait que les deux premiers films étaient si jouissifs, si badass, est encore absent cette fois-ci. Alors pourquoi tenter une nouvelle suite en 2018 ? Les fans retrouveront-ils enfin le côté fun et irrévérencieux des films? D'autant qu'un message fort sous-tend le film: et si son fils autiste était la nouvelle évolution de la race humaine et non plus un enfant atteint d'une maladie ?C'est un joli pied de nez fait à tous ces héros testostéronés, qui entre deux bons mots, savate de l'alien en toute décontraction. La réponse est oui ! The Predator, millésime 2018, renoue avec tout ce qui faisait la réussite des deux premiers volets. C'est incroyablement fun, défoulatoire, gore...On se prend à frissonner avec les protagonistes et à craindre de nouveau le Predator, même si la surenchère du super-alien était peut-être superflue, mais les canons hollywoodiens sont comme ça: chaque film doit faire plus que le précédent.Malgré cela, plusieurs bonnes idées viennent confirmer le tout. En premier lieu le choix du réalisateur: Shane Black. Pour rappel, Shane Black jouait le soldat Hawkins dans Predator premier du nom, on lui doit également le scénario de l'Arme Fatale (écrit alors qu'il était encore étudiant) et quelques-uns des films les plus cool de ces 15 dernières années: Iron Man 3 (où l'on découvre un Tony Stark dépressif et angoissé) et surtout Kiss Kiss Bang Bang, avec déjà Robert Downey Jr, qui cassait avec brio le genre du buddy movie, qu'il avait lui-même inventé dans les années 80. Personne n'était donc plus indiqué pour reprendre la série et essayer de lui redonner ses lettres de noblesse. Et force est de constater qu'il y arrive très bien. La seconde bonne idée, est d'avoir gardé la musique originale d'Alan Silvestri. Cette musique est partie prenante de l'atmosphère fantastique et angoissante des premiers films. Elle est un personnage à part entière et participe à définir les personnages et bien entendu le Predator. Henry Jackman prend ici parfaitement le relais de Silvestri et suit humblement ses traces, à tel point que l'on pourrait même se demander s'il a réellement fait une composition originale.Enfin, les personnages et leurs motivations sont au premier plan. Même si la vie du personnage principal McQuenna, est assez peu développée, elle l'est suffisamment pour que l'on s'attache à lui et à ses préoccupations familiales. D'autant qu'un message fort sous-tend le film: et si son fils autiste était la nouvelle évolution de la race humaine et non plus un enfant atteint d'une maladie ?C'est un joli pied de nez fait à tous ces héros testostéronés, qui entre deux bons mots, savate de l'alien en toute décontraction. Shane Black enfonce le clou avec ce dialogue entre père et fils :"Je suis désolé papa de ne pas avoir grandi comme tu le voulais... -- Je n'ai pas non plus grandi comme je le voulais..."Alors oui, il ne faut pas se leurrer, ce film est bien ce qu'il semble être: un film cool, décontracté où un alien zigouille de l'humain dans des séquences très gores, à la limite du burlesque, le tout sur fond de vannes bien senties. Si vous posez votre cerveau à l'entrée de la salle de cinéma, et que vous vous décidez à profiter d'un bon gros blockbuster popcorn qui tâche, il est fort probable que vous passiez un excellent moment, loin, très loin de tous vos problèmes quotidiens.
Wedding Nightmare

La mode semble être aux films d'horreur classieux. Mais le fond : une photographie léchée, une réalisation qui n'a pas à rougir, et un casting bien sympathique entre anciennes stars du cinéma (Andie Macdowell et Henry Czerny) qui viennent cachetonner et nouveaux venus échappés de la télé (Adam Brody), ne suffisent pas à faire un bon film. Et encore moins à faire oublier un scenario indigent bourré d'incohérences. Malheureusement, les produits de cet acabit, où le marketing semble prédominer sur une vraie recherche artistique sont de plus en plus nombreux. La politique des studios étant de profiter des effets de mode, et le film d'horreur ayant le vent en poupe grâce à quelques perles comme Ça, le remake de Simetiere ou encore Midsommar, le spectateur se retrouve submergé par une floppée d'œuvres, dont seule une minorité apportera vraiment quelque chose au genre. Et clairement, Wedding Nightmare (titre français de Ready Or Not ? !) ne fait pas partie des exceptions. Nous avons à faire à un film très conventionnel, certes tourné dans de bonnes conditions de production, mais sans saveur et sans surprise. Si vous vous attendez à avoir peur, ou même ne serait-ce qu'à sursauter, passez votre chemin. L'épopée cauchemardesque de cette jeune mariée dans sa belle-famille, ne vous fera pas frissonner, éventuellement rire quelques fois mais rien de plus. La pauvreté du scénario et l'idée de base éculée, vous feront regretter certains chefs-d'œuvre des années 70, qui se montraient en leur temps bien plus inventifs et dérangeants que ce Wedding Nightmare, plus proche de la comédie que de l'épouvante. Il ne reste que le charme de la protagoniste, interprétée avec une conviction qui force le respect par Samara Weaving (the Babysitter, 3 Bilboards), la nièce de Hugo Weaving, qui tire un tant soit peu le film vers le haut. Finalement, ce cauchemar a au moins le bon goût de ne durer que 1h35 et de ne pas essayer de délayer le vide de son histoire sur les 2h habituelles.

Voici l'intégralité des articles que j'ai écris pour Movierama (ex Retro-hd)
J'aime tous les cinémas, même si j'avoue avoir une prédilection toute particulière pour le cinéma de genre.
Le cinéma de genre désigne un ensemble de films caractérisés par une identité stylistique et narrative forte, associée à des codes, conventions et thèmes spécifiques auxquels le public s’attend. Parmi les genres les plus connus, on retrouve le fantastique, la science-fiction, l’horreur, le thriller, la comédie, le western, le film d’action, etc.
Le cinéma de genre se distingue souvent du cinéma dit “d’auteur” par sa volonté d’offrir une expérience émotionnelle ou visuelle parfois spectaculaire, en s’appuyant sur des éléments récurrents : univers particuliers, types de personnages (héros, antagonistes…), situations typiques (quête, suspense, peur, humour, etc.), et souvent une esthétique reconnaissable.
Ces films sont réalisés pour répondre à des attentes précises du public, mais peuvent aussi être des vecteurs d’innovation et de réflexion, voire bousculer les codes établis. Bien qu’il soit parfois considéré comme “populaire”, le cinéma de genre offre une grande diversité artistique, et il n’est pas rare qu’il se mélange à d’autres genres ou adopte une approche singulière, selon la vision des réalisateurs.
